La dépendance affective : Un diagnostic d’avec lequel il faudrait savoir couper le lien ?

 

 Par Séverine Némesin, Psychologue Clinicienne & Psychothérapeute

Cabinet de Psychologie S. Némesin 7 rue de Lille – 75007 PARIS – snemesin@gmail.com – 07 89 48 42 52

La dépendance affective comme dépendance du lien à l’autre ! Si on en fait une brève analyse sémantique, il s’agirait d’une forme d’addiction au ressenti émotionnel positif que la présence d’autrui nous procure. Une forme d’addiction donc à un vécu subjectif et donc par écho au sentiment de bien-être que la présence de cet Autre nous renvoie.

Quand on y pense nous ne pouvons qu’attester de cette forme de dépendance car tout à chacun nous en avons fait l’expérience ne serait ce qu’à travers ce que la séparation d’avec cet autre nous renvoie et nous met en souffrance. Quand on y réfléchit encore un peu plus, nous pouvons constater à quel point ce pseudo diagnostic de comptoir est connoté péjorativement. Il y a au mieux un reproche au pire le pointage d’une forme d’immaturité émotionnelle…. Mais ne nous y trompons pas, nous pourrions être là au contraire devant une hypermaturité émotionnelle.

Notre dépendance affective quand elle nous est renvoyée nous ramène inextricablement à une incapacité marquée de fonctionner adéquatement sans cette présence de l’Autre. Pourtant, et c’est un fait, nous sommes depuis toujours dépendant de ce même Autre, de cet objet tiers, extérieur à soi mais à la fois si proche que nous souhaiterions pouvoir l’intégrer. Nous y sommes dépendant pour assurer notre bien être, mais aussi notre reconnaissance et notre sécurité. Nous avons besoin de cette présence, de celle d’une mère pour nous nourrir, de celle d’un père pour nous offrir un cadre sécure, de nos ainés pour apprendre d’eux et de leurs expériences, de nos paires pour nourrir une reconnaissance que l’on ne peut s’accorder seul.

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Nous sommes dépendants de la présence de ces autres, quelqu’ils soient et quelque soit la nature du lien : amis, famille, amours, amants pour nous faire apercevoir et voir parfois notre bonne place dans cette société, notre bon caractère sociable, aimable, désirable. Oui nous avons tous besoins de ces autres, nous recherchons à travers leur regard le dénominateur commun de notre propre manière d’être au Monde. Cela nous étaye, nous sécurise. Tenu par la main solide que l’autre nous tend nous sommes en pleine sécurité !

Ah la sécurité ou la crainte de perte de ce qui la procure ! Voilà ce qui pourrait être la clef de cette énigmatique concept fourre-tout mais néanmoins à la mode qu’est la « dépendance affective » ! Les manifestations du manque de sécurité pourraient alors devenir symptôme de ce qui pourrait être nos angoisses de rejet ou d’abandon ou pire encore de ce « devoir faire sans l’autre »… Et de cela nous faisons l’expérience le jour même de notre venue au Monde. Il s’agit de notre première expérience du réel, du dedans confortable nous sommes projetés au dehors, expulsés par ce corps qui nous portait, nous nourrissait et nous sécurisait de manière inconditionnelle… Comment croire en l’existence d’un monde affectif sécure quand notre première expérience passe par ce traumatisme, par ce rejet là !

Les psys ont leurs théories sur ce qui fait que le lien à l’autre va être plus ou moins sécuritaire, sur ce qui va permettre de créer une base « d’autoréassurance » solide. L’une d’entre elle parle de trois natures de lien inscrit dans les premiers instants de vie et construits sur ces messages que l’objet primaire – jargon psy pour parler de votre mère – nous renvoie en terme d’inconditionnalité. Le lien peut être « sécure », c’est parfait, cela veut dire que la personne qui nous quitte va revenir, il n’y a pas de quoi s’angoisser outre mesure donc; il va être « insécure » et là c’est un peu moins parfait car de fait l’autre qui nous quitte peut ne jamais réapparaitre et nous laisser seul face à nos besoins logistiques, affectifs, qui ne pourront plus être totalement couvert. La troisième nature de lien est plus complexe car elle repose sur une ambivalence prenant source dans des messages et injonctions contradictoires. « Tu m’aimes, je t’aime, tu es là mais attention tu ne pourrais pas ou plus l’être… ou pas». Dans ce cadre, nous sommes alors non plus dans une relation d’étayage mais dans une forme de soumission au fonctionnement singulier de cet autre aussi perturbé et peu clair soit-il. Le problème avec les personnes qui ont reçu ce genre de message, c’est qu’à défaut d’un gros travail sur elles rien ne viendra jamais atténuer cette ambivalence traduite en angoisse massive de séparation. Dès lors dans toute tentative future de réassurance reviendront à jamais se jouer sur ce théâtre traumatique les blessures anciennes. Les relations proximales deviennent alors le terreau de nos névroses, ils pensent et nourrissent nos angoisses, encouragées par toutes les expériences positives et négatives traversées.

Mais revenons à cette question de la dépendance. Vous l’aurez compris, il se peut qu’elle soit d’emblée biaisée par une fausse représentation de ce qu’elle sous-tend et véhiculée par une psychologie populaire et vulgarisée son message devient plus fort encore. Il s’inscrit sans réflexion dans l’esprit populaire. Le concept même d’addiction au sentiment affectif ne pourrait par essence pas avoir lieu d’être puisqu’il est le propre de tous, il fait parti de notre fonctionnement primaire, archaïque et de notre équilibre d’être humain.

Nous sommes des êtres sociables et faits pour fonctionner en groupe, nous nous nourrissons de la présence des autres, nous y trouvons une force à être, une énergie mobilisatrice que seul nous ne pourrions pas même envisager. L’autre de par ce qu’il nous renvoie de par sa seule présence vient nous renseigner sur notre existence et sur notre appartenance au Monde. Sans lui nous n’existons plus… Il est aussi vital que l’air que nous respirons, que l’eau que nous buvons…

Alors que faisons nous, lorsque nous taxons une personne de dépendance affective ? Parlons nous d’individus incapables de fonctionner sans l’autre ? Evoquons-nous une quelque forme d’immaturité affective ? Parlons nous alors d’individus « normaux » pris dans des problématiques simplement humaines ? Dire à quelqu’un qu’il souffre de dépendance affective, c’est en fait lui dire qu’il est incroyablement humain, qu’il a cette force en lui de faire les choses pour lui mais à travers ce que l’autre lui renvoie, c’est lui dire aussi qu’il est incroyablement aimable et qu’il peut commencer par s’aimer lui-même, c’est lui dire enfin qu’il peut prendre par la main l’enfant insécure qu’il a été… Et donc lui lui révéler cette pseudo-dépendance, c’est aussi lui dire que dans son expression quelque chose reste à travailler et qu’à défaut de le faire il risque de vampiriser malgré-lui tous ces autres desquels il dépend naturellement.

La dépendance affective n’est pas soignable, elle n’existe pas ! Ses manifestations probables ne seraient en fait que le reflet de notre manque d’assurance et de sécurité. Il est dès lors dangereux d’ailleurs d’envisager bouger ce qui n’est qu’un symptôme de quelque chose de plus large, au risque qu’il se déplace en un autre endroit…

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Un commentaire pour La dépendance affective : Un diagnostic d’avec lequel il faudrait savoir couper le lien ?

  1. Sara dit :

    Pas d’accord sur l analyse : ce ne serait pas une addiction je considère qu’une habitude nefaste qui semble impossible à changer est une forme d’addiction. C’est jouer sur les mots sinon.
    Donc , il serait plus respectueux pour ceux qui en souffre de dire que la dependance affective existe D’ailleurs, il existe de groupe de soutien (programmes en 12 etapes : CODA; DASA; EA) qui permettent des transformations extraordinaires sans l’aide de psys. Ces programmes sont dérivés des alcooliques anonymes et si les gens veulent mettre un nom sur leur mal-être pour mieux s’en debarasser, moi, je trouve que c’est une bonne idée. ..

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