Et si le manque de confiance en soi n’existait pas ?

Et si le manque de confiance en soi n’existait pas ?

Par Séverine Némesin, Psychologue Clinicienne & Psychothérapeute

snemesin@gmail.com      07 89 48 42 52

Le manque de confiance en soi, c’est une des premières raisons de consultation de l’adulte chez le « psy »!

« Je viens vous voir parce que je manque cruellement de confiance en moi …», et quand il n’en est pas question dans la demande initiale, cela finit toujours par apparaître en filigrane du discours de celui qui se questionne. Comme si « avoir confiance en soi » était antagoniste de toute souffrance psychique. Comme s’il fallait en avoir honte, la cacher, la taire comme un vilain mal. On pourrait presque penser, mais ce serait caricatural, que seuls les gens qui manquent de confiance en eux ont besoin de travailler ce point négatif de leur personnalité chez le psy…

En écrivant ce qui va suivre je risque de m’attirer les foudres de certains de mes confrères qui ont fait du « manque de confiance en soi » un véritable fond de commerce, mais peut-être est-il bon de réinterroger l’existence même de cette notion devenue « fourre-tout » ? Finalement, ce manque de confiance en soi ne serait-il pas avant tout un manque de considération des autres  ?

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Pour commencer, ère du temps oblige, j’ai fait une petite expérience sur mon moteur de recherche. J’ai tapé « confi » et le terme « confiance en soi » apparait en seconde position derrière « confiture à l’orange »… La psy que je suis s’interroge sur l’analyse qu’on peut en tirer mais c’est sans succès… Je clique sur cette proposition (non pas les oranges, l’autre !) et je tombe sur une floraison d’articles sur le sujet. Leurs titres : « les clefs de la confiance en soi !» (ces clefs sont livrées en trousseaux de 3, 5 ou 10), « la confiance en soi retrouvée ! » parce qu’encore faut-il l’avoir perdue pour se rendre compte qu’elle existait, « faire le plein de confiance ! », ok mais à quel prix le litre ?

Plutôt que de nous attarder sur ceux qui écrivent ces articles et leurs objectifs, souvent commerciaux, revenons un moment sur leurs contenus. Nous y trouvons, des clefs en premier lieu. J’aime bien cette notion de clef, parce que quand on en possède c’est qu’il reste des portes à ouvrir mais aussi à fermer, qu’il reste des possibilités de faire autrement, des choix à faire, et que l’on ne sera pas obligés de passer par la case « je défonce tout » pour y arriver. Des clefs pour aller mieux donc, des portes pour aller vers un meilleur soi sans pour autant se faire violence pour y parvenir.

On n’y trouve pas que ces fabuleuses clefs dans ces articles, on y trouve aussi des causes, des origines… « Si vous manquez de confiance en vous c’est parce que… ». Complétez une fois encore comme vous voulez parce que chaque individu étant singulier et ayant son histoire tout fonctionne avec cette phrase ! On essaye ? « … Parce que votre grand-mère est morte quand vous aviez 5 ans … votre père était alcoolique … votre père incarnait la réussite sociale … votre boss est arrogant … votre ex-femme est partie avec le jardinier … vous aimez trop la choucroute en boite…! » Ah non…! Je reviens sur ce que j’ai dit, quoi que non ! Parce que la choucroute en boite quand on en abuse cela peut provoquer des désordres intestinaux importants ! Bon bref, le « manque de confiance en soi » c’est un peu comme les prédictions hasardeuses de l’horoscope : tout le monde s’y retrouve !

Alors essayons de voir les choses sous un autre angle. Si nous partons de ce postulat de base (j’adore cette expression, je la tiens de mon prof de maths de 3ème, je n’avais alors aucune confiance en moi à exceller dans cette matière, du coup cela me donnait un semblant de consistance !). Si nous partons de là donc, l’idée selon laquelle, le manque de confiance en soi serait un fourre-tout où on va glisser tout un tas d’autres raisons au mal-être ressenti par ceux qui consultent, on pourrait imaginer que l’on ne traite pas vraiment le « ce qui pose problème ». Cela pourrait être : une difficulté à faire face à un situationnel trop lourd, une dégradation de l’image de soi, une mauvaise perception de qui on est, un sentiment d’impuissance face à un événement de vie… et cetera, et cetera…

Récemment une patiente me disait « On me parle de perte de confiance en moi depuis toujours mais je ne m’y retrouve pas, je fais quoi avec ça ? ». Cette même patiente me consultait parce qu’elle avait subi de violentes maltraitances dans son enfance et reproduisait dans son quotidien les excès de colères dont elle avait été victime.

Après lui avoir conseillé de se regarder dans une glace tous les matins et de répéter très fort « What ? You talking to me ? », un peu à la Taxi Driver, nous avons laissé filer le « super confiant » Robert de Niro pour revenir à une base de discussion plus réaliste. Il est apparu chez cette patiente que son problème était en fait qu’elle n’avait jamais été respectée, que jamais personne lui avait renvoyé l’image incroyablement forte qu’elle était légitimement en droit de réclamer d’elle-même !

Que de temps gâché à essayer de reconstruire quelque chose qui n’existait pas ! Quelle découverte incroyable pour elle ! Elle me disait aussi savoir, malgré les injonctions contradictoires, que depuis toujours elle se sentait, en dehors de la gestion de certaines angoisses, capable de tout. Elle avait par elle même réussie à s’extirper du contexte familial, entreprendre des études brillantes et parvenir à force de travail à une carrière exceptionnelle dans un milieu qui l’est tout autant ! Elle avait raison, elle était capable de tout donc… sauf de gérer seule sa stabilité émotionnelle !

Des exemples de la sorte où est présupposé coupable le manque de confiance en soi, dans les cabinets de psy on les collectionne frénétiquement dans les différents dossiers de nos patients. Pourtant, trop souvent, on observe que le manque de confiance en soi est avant tout un manque de confiance des autres à notre égard. C’est souvent parce que notre entourage nous a renvoyé une image négative de nos capacités que l’on finit par perdre ou ne pas trouver celle qui nous est propre.

Repensez, une minute aux messages de certains de vos parents, ou de ceux de vos camarades, à vos bulletins de notes, à votre première expérience professionnelle, aux messages de vos grands-parents, à cet examen à la fac que vous pensiez pourtant avoir réussi ! Pensez-y… Sérieusement, prenez deux minutes pour ça… Qu’avez-vous retenu de tous ces messages reçus ? N’y a-t-il pas dans vos souvenirs la moindre petite définition de vous même renvoyée par ces autres qui vienne coller à la manière dont vous avez grandi, vous êtes développé psychiquement, avez géré votre vie ?

N’y a-t-il pas là de quoi nourrir vos doutes et angoisses ? Je ne vous parle même pas de l’impact de vos relations affectives ! Parce que oui les messages sont plus puissants encore quand ils nous parviennent de quelqu’un censé nous aimer !

Tous ces « petits » messages viennent s’agglomérer comme des Post-it sur notre inconscient, et vont venir de temps en temps – pour nous empêcher, nous bloquer, bref nous handicaper – filtrer dans nos comportements conscients. C’est comme ça, là dessus on y peut rien, ces deux instances ont besoin d’être d’accord et font tout ce qu’elles peuvent pour !

Donc pour faire simple, on aurait tendance à donner bien trop de consistance à ces messages. Plus que de les alimenter, il conviendrait de les identifier et de les décoller un à un. Et, à mesure de cette remise à neuf, se dire avec fermeté « Bah non ce truc là, c’est pas à moi, ce n’est pas comme cela que j’ai envie de me définir ! ».

C’est peut être la première solution qui devrait nous permettre d’être mieux dans notre vie, et c’est peut être là « la vraie raison » qui devrait tous nous amener à consulter un psy. Nous ne sommes plus, vous le voyez, dans une question de confiance en soi mais plutôt de découverte de soi.

La seule clef serait alors d’oser, de cesser d’avoir peur. Parce que oser c’est ce donner cette chance incroyable de se planter ! Oui, j’ai bien dit une chance ! Parce que nous rater nous indique nos limites, les nôtres, les vraies, pas celles que l’on a choisies pour nous !

« Tu devrais postuler sur ce job !». « Tu devrais te mettre à la course à pied ! », « Sérieux branche le t’as un ticket », réponse « bah non je suis pas à la hauteur tu vois pas !?!»… « Oh tu manques de confiance en toi »  Et bing ! Nous avons laissé parler quelque chose qui n’existe pas parce que nous ne nous posons pas face à ces situations les bonnes questions. Parce que se poser les bonnes questions amène de bonnes réponses et que ces réponses peuvent nous inciter dans l’après coup à mieux nous connaître… Aurions-nous alors peur de nous même ? De nos propres réussites ? Parce que finalement la question qu’il convient de se poser face à ces situations que nous pensons nous dépasser, ce n’est pas celle de la suffisance de confiance, mais plutôt celle de l’évaluation de nos capacités et de nos peurs réelles ?

Cessons donc de nous servir du manque de confiance en soi comme d’une excuse universelle mais utilisons plutôt ce à quoi il fait appel comme un moyen… Car finalement si ce fichu manque de confiance en nous n’existait pas serions-nous plus libres de nous même ? Parce que oui, derrière cette monumentale excuse, se cache aussi quelque chose qui nous autorise à être lâche, à avoir peur et à en faire état. L’évoquer c’est nous déculpabiliser de tant de mauvaises gestions et nous rendre un peu de confort psychique. Ne nous voilons donc pas la face, s’il n’existe pas réellement, il serait bien dommage de ne pas y faire appel !

Pas tout ça mais je file faire mon premier saut en parachute… ou pas !

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2 commentaires pour Et si le manque de confiance en soi n’existait pas ?

  1. Merci pour cette analyse intéressante qui sort des sentiers battus !
    D’ailleurs il faut toujours penser à en sortir pour mieux les observer 😉

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  2. Aline dit :

    Je rejoins et me joins à Virginie pour vous dire merci ! Vision nouvelle et avec humour, une bouffée d’air frais. merci

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