Crise du Milieu de vie : La chasse au Démon est ouverte !

 

Par Séverine Némesin, Psychologue Clinicienne & Psychothérapeute

snemesin@gmail.com – 32 rue de Lille Paris 7ème – 0789484252

Vous vous pensez bien « installé », en pleine sécurité affective et matérielle… Prenez garde ! Le monstre est là, il rôde, rampant dans l’ombre. Il surgit au milieu de nos vies, n’a pas vraiment de visage, frappe au hasard et vient perturber le cours tranquille de nos existences. Sa légende a de toute évidence été entretenue par nos grand-mères pour justifier le fait qu’elles aient pu être cocues et par nos grands-pères pour expliquer qu’ils ne reviendraient jamais d’aller chercher le pain. Cela ne vous dit rien ? Et pourtant ! Vous en avez entendu parlé au moins une fois… Pire, il a peut être déjà posé sa main sur vous ou sur un de vos proches. Qui est cette obscure créature ? Que nous veut-elle ? Est-elle responsable de toutes nos turbulences intérieures de mi-vie , ou trouvons-nous en elle un bouc-émissaire pour justifier notre soudaine urgence à être ? Son nom : Doemius Merodinus !th-5

Aux origines de la bête

Le Doemius Merodinus, c’est le Démon de Midi… Sa première apparition date du IIIème siècle dans la traduction d’un seul mot de la Bible. Alors que dans les textes originaux il était question d’un avertissement sur les « fléaux guettant l’homme », une erreur d’interprétation a fait naitre « la bête ». Autre                                                          hypothèse étymologique, issue de la culture populaire, renvoie à « mi-deus » la « mi-journée » moment où le soleil est à son zénith. Symboliquement donc le démon de midi interviendrait à mi-parcours de la vie des hommes au moment où ils sont dans la force de l’âge et maîtres de toutes leurs fonctions.

Les symptômes de la prise de pouvoir du Démon sur nous sont nombreux. Observables chez les autres, on a tendance à les confondre avec un coup de tête parfois, comme quelque chose de déraisonné souvent, comme quelque chose de potentiellement dangereux, toujours… Alors que quand ils se manifestent chez nous ils deviennent une prise de conscience, un acte raisonné et une réponse à une soudaine et salvatrice pulsion de vie. Alors on change : de montre, de voiture, de job, de partenaire… Parfois de couleur de cheveux et cela peut suffire à calmer les symptômes tant l’expérience peut s’avérer être catastrophique. Mais ce changement n’est pas sans conséquence ! La voiture ne pourrait pas plaire à Madame qui verrait dans ce modèle décapotable rouge un piège à filles, une sorte de joujou extra… Le job investit pourrait offrir une moins belle stabilité qui pourrait mettre l’équilibre du budget familial et donc instrinsèquement celui du couple en péril. Bref on n’a pas fini de pleurer dans les chaumières et de rejeter la faute de ce grand malheur sur les épaules de celui qui a osé questionner son bonheur personnel.

Un démon, un monstre donc ! Il convient de le chasser, le mettre en dehors de nous, le mettre à distance. Mais quelles armes avons-nous ? Très peu en fait… La déshumanisation de la force démoniaque qui intervient peut-être une solution.

On projette donc sur cette force supérieure à l’image abimée, la résultante de nos angoisses. Agir ainsi pourrait ainsi permettre à l’homme de se protéger de ses propres activités pulsionnelles. Enfin cela c’est ce qu’un psy vous dirait ! De manière simplifiée, nous pourrions expliquer cela par un moyen défensif que nous utilisons depuis notre enfance : « Ce n’est pas moi, c’est l’Autre et je ne peux rien y faire.. ». Mais « ne rien y faire » à quoi ? Personnifier ce moment de vie, même sous ces traits, ne serait-il pas alors un moyen de désigner un coupable certes imaginaire mais idéal ? La crise, elle, pourtant est vraie, indéniablement réelle. Le monstre qui la provoque serait alors juste un concept introduit par l’homme pour lui permettre de se décaler de son vécu pulsionnel et se défendre de lui-même.

Mais qu’est ce que cette déshumanisation ? Le démon de Midi pourrait avoir les mêmes attributs que nos monstres des contes de fées : ceux de forces maléfiques qui ne seraient en fait évocables que sous les traits d’une chimère qui nous permet d’évoquer le monstre sans jamais le citer…sans jamais vraiment se faire peur. Je vous laisse revisiter les rôles de la bête de Disney ou du loup caché au fond des bois qui n’a qu’une envie, celle de dévorer toute crue cette pauvre enfant naïve toute habillée de rouge.

Son antre : le milieu de vie

C’est à la fois son lieu de vie et son lieu de chasse privilégié ! Son repère et son antre : le milieu de vie.

On estimait jusqu’il y a peu encore cet âge de mi-parcours à 40 ans et évoquions alors une véritable crise de la quarantaine. Les psys sont revenus sur cette appellation car la crise ne survient plus systématiquement à cet âge. Non définitivement cassons cette idée – ou cette fichue horloge biologique – qui nous dit « attention t’as 40 ans, et si tu n’as pas ta Rolex au poignet pour te le rappeler c’est que tu es en train de rater quelque chose de ta vie ». C’est d’ailleurs peut être que l’apparition de plus en plus tardive de la créature pourrait en fait faire d’elle un monstre de treize ou treize heures trente selon « l’état de nos trafics internes ».

Là où quand l’espérance de vie nous accordait 80 belles années donc il apparaissait autour de la quarantaine. Aujourd’hui elle arrive plus tardivement cette crise mais toujours relativement à ce que l’homme imagine être son mi parcours.

Outre l’espérance de vie qui augmente, d’autres facteurs peuvent expliquer ce décalage : entrée plus tardive dans la vie active, parcours professionnels plus chaotiques, sexualités mieux assumées… Enfin ! Mais aussi enfants qui restent plus longtemps à la maison – ce qui n’est pas sans poser problème avec les sexualités mieux assumées de chacun d’ailleurs. Tout cela renvoie à l’idée que nous vieillissons moins vite mais surtout mieux que les générations précédentes et c’est tant mieux !

Il n’empêche que le monstre, tapis dans son antre, n’a de cesse de nous guetter. Il attend en silence la prise de conscience, celle du temps qui passe, celle de l’urgence à être qui en découle, à ce fameux « devenir ce que l’on est » si cher à la pensée de Nietzsche. Il attend, prêt à nous pousser à ce questionnement profond, à cette inattendue mais devenue possible redéfinition de nous même.

La crise du milieu de vie correspond à cette période des grandes questions mais aussi et avant tout à un passage d’un état à un autre. Incontestablement il y a un avant et un après à cette apparition de la crise. Dans ses aspects identitaires la crise résonne comme un moment de rupture, à l’image d’une seconde période adolescentaire avec les mêmes craintes, les mêmes doutes, les mêmes redéfinitions mais avec les boutons d’acnée en moins, la sagesse présumée et l’expérience en plus.

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Les options laissées à sa victime :

La crise du milieu de vie donc correspondrait à une sorte de rite de passage à travers duquel on peut décider de passer ou non !

Elle place sa victime souvent consentante dans une situation de rupture sans précédent. Elle l’expose à une sorte de seconde naissance qui n’est pas sans rappeler le traumatisme de la première.

Si on se rattache à cette analogie nous pouvons évoquer ce bébé qui nait et quitte son environnement connu, enveloppant, semi-confortable pour un milieu inconnu potentiellement plus dangereux où il va devoir réapprendre des codes nouveaux pour couvrir besoins vitaux et affectifs.

Contrairement à l’enfant, l’homme mûr devant la bête et l’horizon béant qu’elle ouvre, a deux options : La première est celle d’oser quitter ce qu’il est, pour un nouveau soi. La seconde, lui offre de ne surtout rien changer et de construire une nouvelle représentation identitaire dans un environnement que cette fois il a choisi de tolérer plutôt que de subir.

Si la victime trouve une issue dans la première option, celle du changement : C’est un peu comme ouvrir une porte, s’y engager, sans savoir ce que l’on va vraiment trouver derrière, que ce soit bon ou mauvais. Il faut du courage pour oser tourner la poignée, il faut du tempérament mais surtout une incroyable pulsion de vie pour y poser le premier pas…

La seconde option, celle de l’immobilisme, mène à la conservation d’une relative zone de confort. Cette dernière nous force à poursuivre une existence avec les mêmes repères dans un nouvel état de conscience de soi. On est différent mais décidons de ne pas adapter notre environnement à ce nouvel être. Dès lors les aménagements intrapsychiques doivent être grands pour retrouver un nouvel état d’équilibre.

Pour faire court : nous pouvons supposer la crise du milieu de vie comme un profond questionnement de ce qu’établi jusqu’alors. Dès lors nous pourrions évoquer la recherche ou non d’un fonctionnement en adéquation avec cette plus juste connaissance de nous-même.

Quoiqu’il arrive, Il est rare que la crise de milieu de vie ne mène pas à un changement même minime : changement de poste ou de métier, changement de lieu de vie, changement d’hygiène de vie, mais changement aussi dans la structure familiale, dans la façon de se considérer, soi-même, sa parentalité, sa vie de couple… Et le changement même s’il devient vital, l’homme n’est pas à l’aise avec lui, parce qu’il l’insécurise. Voilà donc ce qui pousse certains à ne pas y concéder.

Des difficultés à se séparer du mythe

S’il est difficile de prendre de la distance avec ce mythe, c’est parce qu’il offre un incommensurable confort quand il s’agit d’assumer les conséquences des changements initiés. Parce que décider le changement c’est un peu entrer dans le Casino de nos vies, un peu comme jouer à la roulette « faites vos mises, plus rien ne va plus… », avec cette image que si l’on mise tout sur la même case alors on risque de tout perdre mais aussi de tout gagner sur un incroyable coup de chance… C’est un peu « le rien ou le tout » !

Puis il y a ce difficile poids du regard social. Alors que nos sociétés actuelles prônent les libertés individuelles, ce regard semble continuellement les condamner. Impossible de faire un choix de vie, qu’il soit exposer ou non, sans entendre un commentaire à son sujet. Donneurs de leçons et moralisateurs font fronts, souvent d’ailleurs parce que les autres n’ont pas osé amorcer ou juste même envisager changer de vie, ne serait-ce que partiellement.

Evoquer la crise du milieu de vie, plutôt qu’une envie de vivre une seconde moitié de vie, plus en adéquation avec ce que l’on pense être, revient à dire que l’on n’est pas responsable de ce qu’il nous arrive, que ce n’est pas de la faute de l’autre ou même de la sienne. De plus cela laisse la possibilité d’une rassurante éphémérité du phénomène et donc d’un possible retour en arrière avant même l’amorce d’un changement.

On envisage cet autre possible, on le contemple longtemps parfois puis un jour on l’évoque. Pour l’entourage s’en suit de l’incompréhension… « Mais que fait-il ? Est-il en train de devenir fou ? » A ce masque de la folie, parce que oui l’idée que quelqu’un puisse balayer un pan entier de vie, ou décider de faire s’écrouler ce qu’il a construit et auquel il a tout voué, c’est de toute évidence l’acte d’un forcené. Ce n’est donc pas lui qui va mal, non ! C’est cet autre qui pousse à agir ! Et comme il en va ainsi alors pour sûr, quand la bête s’éloignera il retrouvera spontanément sa raison et avec elle ses pantoufles et sa maison…

Un démon plus émissaire que bouc émissaire 

Il n’y a donc pas de raison que de briser ce mythe, car celui-ci nous rassure sur notre propre condition, sur cette utopie rassurante dont l’homme aime se bercer que rien ne peut ou doit changer. Alors même que nous vivons dans un monde où tout change, nos environnements se bouleversent nous laissant avec cette idée que nous n’avons aucune prise, aucun moyen de contrôle, nos envies changent, nos projets évoluent, nos personnalités se façonnent au fil des ans, nos sentiments ne sont plus figés… Comment, à l’heure actuelle, est-il encore possible de faire ce constat de changement de tout et penser de manière concomitante que pour ce qui nous concerne rien ne doit réellement changer ?

Le démon de midi est porteur de bien de nos maux. Il nous renvoie avant tout à un sentiment de perte de contrôle dans une phase de nos vies où justement nous tâchons de les reprendre en main. Il nous fait tendre, quoiqu’il en soit, si nous le laissons entrer dans nos vies, à un nouvel équilibre. Dans ce sens, et pour se faire, il conviendrait au moins d’être réceptif à ce qu’il nous murmure, car il semble venir nous mettre en alerte sur ce qui fait sens ou défaut dans nos vies, il nous excuse de ce que l’on quitte et nous autorise à embrasser un futur plus en accord avec ce que nous sommes.

Au mieux le Démon de Midi nous redéfinie au pire il nous fait prendre des décisions… Peut-être, alors est-il temps d’arrêter de nous cacher derrière son nom, d’assumer son apparition et de cesser sa mystique mise à distance pour écouter enfin ce que ce milieu de vie a à nous apprendre de nous ?

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